Relève générationnelle et innovations politiques pour 2020

La candidature du Président Alassane Ouattara pour le renouvèlement de son mandat s’annonce exactement comme à l’orée de la décennie 80, comme un ravalement d’ambitions politiques pour les uns et la floraison des non-dits assourdissants pour les autres. Les candidats contestataires de l’Appel de Daoukro le sont moins pour le principe du maintien et d’application des délibérations antérieures du PDCI-RDA qu’en raison de l’élu de cet appel. Le candidat Ouattara dérange constamment les candidats rivaux que sa candidature suscite. Il est commode de constater que le trio de candidats rivaux que sont Messieurs Amara Essy, Konan Banny et Konan Bertin sont des candidats de l’héritage et du bilan de la famille RHDP. Leur illustre adversaire l’est tout autant. La cohérence politique aurait voulu que le candidat de cette famille soit opposé à celui de la famille FPI et alliés. Ce faisant, il était loisible de comparer la prochaine élection présidentielle ivoirienne à l’américaine qui pourrait voir la probable candidate démocrate madame Clinton défendre l’héritage Clinton contre probablement le candidat républicain, l’ex gouverneur Jeb Bush, frère de l’autre s’essayer de défendre les héritages Bush père et fils. Comparaison n’est pas raison. Ces deux échéances électorales consacrent pourtant une vérité de Lapalisse : il n’y a pas d’hommes nouveaux, il n’y a que des humains qui veulent vivre deux vies en perpétuant la même. Pourquoi des dirigeants fiers des acquis et de l’héritage du père fondateur de la Côte d’Ivoire moderne ne trouvent pas, au-delà des nuances programmatiques, un modus operandi que dicte par ailleurs leur philosophie commune qui stipule qu’en politique, il faut une saine appréciation de la réalité du moment ? Ailleurs en Amérique, il y aura probablement de chaque côté de la ligne de fracture programmatique, deux candidats siamois puisque, chacun défendra mordicus l’héritage d’un des siens pour mieux fonder ou magnifier une dynastie républicaine. En Côte d’Ivoire, les héritiers vont par scissiparité se disputer sur la nécessité soit de vilipender le bilan commun soit de vendre de nouveaux rêves houphouëtistes. Ils seront centrés sur la paix et la réconciliation pour Essy Amara (interpellation dérangeante du patron de la CDVR) tandis que pour Konan Banny, le mot réconciliation sera prononcé comme justice équitable (comme si c’était ça son objet assigné). Puisque ses résultats insuffisants à la tête de la CDVR obligent le gouvernement RHDP a porté cette insuffisance comme la sienne. Comment le candidat Essy parlera-t-il de ce cadre PDCI sans se fourvoyer ? Les calculs fondés sur la translation des 46% de l’ancien président Gbagbo prospèrent comme si le contexte était inchangé. Les voyages sinon les pélérinages à la Haye sont probables. Mais le débarquement ivoiritaire sournois n’est-il pas une entreprise dangereuse tout autant que les attelages de nordistes de la jubilation favoritiste ? La République est disjonctée par ces catégories politiques en rupture de banc avec les lieux de la citoyenneté ouverte conformément à la loi. Les républicains ont le devoir de les combattre avec les arguments.

Mes accointances ivoiritaires ne sont pas un rivage houphouëtiste

Ceux qu’on appelle les « irréductibles PDCI-RDA» risquent fort d’ajouter leurs noms à ceux de la liste des désespérants puisqu’ils ne sont pas des hommes nouveaux. Leur fermeté à maintenir leur candidature respective en dépit des décisions du pré-congrès ne répond à aucune cohérence. Pas même celle d’un rêve cohérent. Parce qu’un tel rêve a pris ses vacances avec ce qui ressemble à un orphelinat nanti d’incohérences. Les PDCI irréductibles semblent accréditer les calculs ivoiritaires à la rescousse des ambitions rivales interpersonnelles. Comme ambition politique, c’est bien. Mais la toile de fond tissée des calculs ethniques et régionaux est dangereuse pour le tissu social convalescent. En outre, que ces candidats relancent les enchères sur le débauchage de ceux qui courent derrière la cagnotte, ils confortent ce faisant, l’émiettement des forces politiques et l’embellie des soupçons croisés. Toutes ces entreprises nous éloignent d’une dynamique de paix et de progrès pour tous. Que la clause d’âge hante les uns. Que les amants des accointances ivoiritaires sulfureuses saccagent la sagesse du père fondateur, y a-t-il là autre chose à détecter qu’une désuète allégorie du désespoir ? Le Tout sauf Ouattara est-il l’horizon d’espérance 2015? La cosmétique de la flatterie houphouëtiste est-elle devenue le lieu commun de toutes ces ambitions politiques sans objet ? L’ultime objet assignable de ces ambitions n’était-il pas préalablement l’organisation au sein de tous les partis membres du RHDP de primaires pour consacrer leur candidat unique au cours d’une convention? Une vraie course ouverte à la candidature du RHDP pour la présidentielle de 2015 renforce le rassemblement. L’essence même du houphouëtisme qui est et demeure le rassemblement au moyen du dialogue constructif invalide ces cliquetis d’ambitions, ces attelages improbables hier et circonstanciés aujourd’hui. Et pourtant, la sagesse rappelle à tous, qu’il reste 5 ans pour les collaborateurs directs de feu le Président Houphouët-Boigny pour faire leurs adieux à la politique active. La relève générationnelle rattrape toujours le gérontocrate s’il ne consent à jouer son rôle de modérateur, de facilitateur et de passeur de témoin sans coup férir. La candidature du président Alassane Ouattara, hier comme aujourd’hui coïncide avec la fin d’un cycle et l’annonce du pouvoir de la nouvelle génération. Curieux destin que celui de passeur de destins du crépuscule irrépressible d’une génération d’acteurs politiques à l’aube prometteuse de 2020.

La promesse de 2020, c’est vrai, est aussi paradoxalement, un horizon brumeux pour les purs produits de feu le Président Houphouët-Boigny. C’est aussi vrai que depuis le Traité théologico-politique de Spinoza, il est acquis (contre le matérialiste réaliste Hobbes) d’accorder à chacun de penser ce qu’il veut et de dire ce qu’il pense.

Des brumes, des brumes.

Mais peuvent-ils dire quelque chose qui sorte de l’enclos scolastique de l’houphouëtisme ? Si oui, alors, ils ne le sont plus. Ils devraient, auquel cas, envisager une autre entreprise politique que les théoriciens du futur thématiseront pour avoir été ou non en corrélation avec le réel ou histoire vécue des peuples. S’ils sont candidats au nom du bien de l’héritage du père, alors ils sont confrontés au bilan du RHDP. Et puis, que n’a-t-on pas fait ou énoncé au nom du bien ? Précisément par ce que les deux candidats que sont Messieurs Essy et Konan Banny ont déjà été éprouvés par le destin heureux de l’houphouëtisme. L’un a présidé à la mort de l’OUA sans pouvoir se maintenir à la tête de la nouvelle UA tandis que l’autre a consacré, à son corps défendant- la mort d’Air Afrique puisque sa médecine de gouverneur central était attendue, en tandem avec l’ex président Laurent Gbagbo. A l’horizon, rien de nouveau. Des brumes, que de brumes ! Ils devraient -quel gain !- davantage s’inscrire dans l’éveil des consciences pour une nouvelle utopie fraternelle et une solidarité inter-générationnelle que seuls les sages qui ont vaincu l’impéritie savent communiquer à la prochaine génération de dirigeants. Et ces jeunes dirigeants sont pétris de talents, de vision et de patriotisme vrai, prêts à se mesurer aux défis du futur voulu.

Il n’y a aucune fatalité ou damnation à œuvrer à l’émiettement des forces politiques du domaine Houphouët dont l’orgueil et l’avenir s’écrivent avec l’encre indélébile du rassemblement africain. Ces personnalités peuvent encadrer les jeunes diplomates ivoiriens de l’Ena et africains ou éveiller les jeunes générations sur l’entreprenariat social pour régenter le secteur dit informel et subséquemment révolutionner le microcrédit au service de la création de richesses. N’est-ce pas la meilleure façon de transmettre les leçons de vie, les recettes d’excellence dans l’engagement citoyen au service de l’intérêt général. Ou sont-ils eux-aussi contaminés par ce que le Très Honorable Guillaume Soro nomme le « nouveau fléau de l’Afrique : être président » ? Chers aînés de la génération dorée Houphouët-Boigny, il ne vous reste que 5 ans pour tout délivrer. Autant, ne point se bousculer dans une arène où votre génération emballe moins.

Irréductibles comme forces de proposition pour le RHDP

Les candidatures contestataires, ces hommes aux expériences contrastées se disputent le cadavre fumant du FPI. Tous fondent leurs espoirs non point sur la vitalité des valeurs houphouëtistes authentiques mais bien sur l’hypothétique consigne de vote du célèbre prisonnier de La Haye. Le débat interne au FPI et les rivalités de leadership en son sein ne sont pas des motifs d’encouragement pour les démocrates de la famille houphouëtiste. Un vrai leader doit toujours aider ses adversaires à se rassembler. De sorte qu’advenant sa victoire, il sorte auréoler d’une belle victoire. Assurément, il ne méprisera pas l’obtention d’un billet Aller simple au Palais du Plateau. Inversement, il ne se couvrira pas de ridicule par une drague incongrue de la consigne de vote de celui qui a tenté de vendanger les acquis du père. Un round trip au Pays Bas pour venir trucider quel adversaire ? Quel fil d’Ariane pour des ambitions fratricides et ambigües ? Autant dire, aller à Canossa lorsqu’on est un fier houphouëtiste est un interdit catégorique. A-t-on besoin d’aller à Canossa pour une grande famille politique comme celle du RHDP pour garder à l’occasion d’élections libres et transparentes, le vœu de tous, le pouvoir remporté dans les urnes en 2010 ? Consolider la paix, c’est œuvrer au rassemblement. C’est surtout rester fidèle aux idéaux houphouëtistes. Mais aussi et surtout, comme le philosophe John Rawls le recommande pour les peuples respectables, c’est que le choix de la paix consolidée, c’est offrir à tous les citoyens le moyen de construire la justice comme équité et j’ajoute comme citoyenneté. Est-il dès lors raisonnable de fonder sa candidature sur le non- dit de la consigne virtuelle de l’ex président qui a dirigé un régime hégémonique et conduit le processus démocratique qui lui a donné sa chance, à sa ruine, à sa ruine macabre ? Ceux des houphouëtistes qui jubilent de jouer le fameux match retour de l’ex président contre l’actuel président ruinent les conditions objectives dans lesquelles la paix prospère. Et subséquemment, l’assèchement des innovations politiques de l’horizon 2020 que les nouvelles générations sont en attente d’administrer. Lorsque les soutiens de l’Appel de Daoukro parlent de paix comme la valeur à préserver, il ne s’agit point comme Tiburce Koffi qui spécule une folle disjonction « le pouvoir ou l’épée » (p.71) mais plutôt précisément en raison du fait que la paix est une valeur sûre. Elle n’est jamais totalement acquise par définition même. Il s’ensuit qu’il est du devoir citoyen de chacun et particulièrement des dirigeants d’inspiration houphouëtiste, de la cultiver, de la désirer perpétuelle comme Kant, de privilégier le dialogue et de respecter ses adversaires plutôt que de slalomer sur les eaux boueuses de la division. La paix mérite un engagement constructif citoyen de tous les jours. Le respect des différences entre formations politiques engage la tolérance tandis que le consentement des citoyens exige des élections libres et transparentes. Cette cohérence des postures politiques articulent la paix et le vrai pluralisme. Les courts circuits clientélistes sont nuisibles pour la démocratie puisqu’ils se parent des oripeaux de la manipulation au détriment des valeurs de la persuasion. Persévérer dans la quête du rassemblement de tous les Houphouëtistes, c’est assumer le fait que la certitude et la rationalité de type mathématique n’existe point en politique. Pour autant, la réussite n’est jamais hasardeuse. Aussi, il faut faire sien l’adage français suivant lequel il n’est pas nécessaire d’espérer pour entreprendre, ni de réussir pour persévérer. Ancrer la paix coïncide avec une telle constance.

Mamadou Djibo, PhD

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